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Dossier · ConcertUn quintette de légende, deux pianistes, un maître et son élève réunis sur la même scène, à 1 500 mètres d'altitude. Tout ce qu'il faut savoir sur la soirée de musique de chambre du Festival de Verbier.


La musique de chambre est le cœur battant du Festival de Verbier : des solistes qui remplissent seuls les plus grandes salles du monde s'y retrouvent, l'été, pour jouer ensemble ce qu'ils n'ont pas le temps de jouer ailleurs. La soirée que propose Allegro Spatial en est un exemple parfait, capté lors de l'édition 2009 du festival.
Six musiciens à l'affiche : les pianistes Jean-Yves Thibaudet et Nelson Goerner, les violonistes Boris Kuschnir et Julian Rachlin, l'altiste David Aaron Carpenter et la violoncelliste Sol Gabetta. Au centre du programme, le Quintette pour piano et cordes en fa mineur de César Franck, l'une des œuvres les plus ardentes de tout le répertoire de chambre, que complètent des pages de Brahms.
Cinquante-quatre minutes d'une intensité rare, où l'on entend ce que Verbier sait produire de plus précieux : des personnalités très différentes qui s'écoutent, se répondent et se poussent mutuellement.
César Franck compose son Quintette pour piano et cordes en fa mineur en 1879. Il a cinquante-six ans, et c'est la première grande œuvre de chambre de sa maturité. Trois mouvements : Molto moderato quasi lento, Lento con molto sentimento, Allegro non troppo ma con fuoco. Une quarantaine de minutes d'une tension presque continue.
Ce qui frappe d'abord, c'est la véhémence. L'introduction des cordes, dramatique, à laquelle le piano répond seul, presque murmuré ; puis cette montée en puissance que rien ne semble pouvoir arrêter. Les contemporains de Franck, habitués à l'image du bon organiste de Sainte-Clotilde, furent déconcertés par tant de passion. L'œuvre s'est imposée depuis comme l'un des sommets du genre, aux côtés des quintettes de Schumann et de Brahms.
Pour les interprètes, c'est une épreuve d'endurance et d'équilibre : le piano y est écrit comme un orchestre, les cordes doivent lui tenir tête sans jamais durcir le son. C'est précisément le genre de défi que l'on aime se lancer à Verbier.
Le Quintette est créé le 17 janvier 1880 à la salle Pleyel, à Paris, lors d'un concert de la Société nationale de musique, cette jeune institution fondée après la guerre de 1870 pour défendre la musique française. Au piano, Camille Saint-Saëns, déchiffrant l'œuvre ; autour de lui, le quatuor de Martin Pierre Marsick, avec Guillaume Rémy au second violon, Louis van Waefelghem à l'alto et Richard Loÿs au violoncelle.
Franck a dédié la partition à Saint-Saëns. La tradition rapporte que le dédicataire, peu séduit par cette musique dont l'ardeur le mettait mal à l'aise, quitta la scène en abandonnant sur le piano le manuscrit que le compositeur venait de lui offrir. L'anecdote, souvent racontée, dit surtout la nouveauté du langage de Franck : ce chromatisme fiévreux, cette passion à découvert ne ressemblaient à rien de ce que la musique de chambre française avait produit jusque-là.
Né à Liège en 1822, mort à Paris en 1890, César Franck est le grand exemple de la maturité tardive en musique. Enfant prodige du piano poussé par un père ambitieux, il choisit une vie modeste : l'orgue de la basilique Sainte-Clotilde à partir de 1858, une classe d'orgue au Conservatoire de Paris à partir de 1872, des générations d'élèves qui l'appellent « Père Franck ».
Presque tout ce qui a fait sa gloire tient dans la dernière décennie de sa vie : le Quintette (1879), les Variations symphoniques (1885), la Sonate pour violon et piano (1886), la Symphonie en ré mineur (1888), le Quatuor à cordes (1889). Une floraison unique dans l'histoire de la musique, comme si tout ce que l'organiste avait retenu pendant quarante ans se libérait d'un coup.
Le Quintette ouvre cette période. C'est par lui que Franck cesse d'être un maître respecté pour devenir un créateur qui divise, fascine et entraîne derrière lui toute une école.
Si l'on ne devait retenir qu'un mot du langage de Franck, ce serait celui-ci : cyclique. Un même thème, ou une même cellule, traverse tous les mouvements d'une œuvre, revient transformé, éclairé autrement, et donne au tout une unité que l'auditeur perçoit sans toujours savoir la nommer. Le Quintette en est l'un des exemples les plus aboutis : une idée fixe, chantante et inquiète, y circule du premier mouvement au finale.
Cette manière de construire a fait école. Vincent d'Indy, Ernest Chausson, Henri Duparc et les autres élèves de la classe d'orgue en ont fait un principe ; on a parlé de la « bande à Franck ». Elle a aussi ses racines : Beethoven déjà faisait revenir des thèmes d'un mouvement à l'autre, et Liszt, que Franck admirait, avait systématisé la transformation thématique.
À l'écoute, le conseil est simple : retenir le tout premier chant des cordes, et le guetter. Il reviendra, et chaque retour dira quelque chose de nouveau.
L'affiche associe Franck à Johannes Brahms, et le rapprochement est éloquent. Les deux hommes sont presque contemporains : Franck naît en 1822 à Liège, Brahms en 1833 à Hambourg. Tous deux ont donné à la musique de chambre avec piano quelques-uns de ses plus grands monuments, et tous deux l'ont fait contre l'air du temps, à une époque où l'opéra et le poème symphonique occupaient le devant de la scène.
Mais que l'on écoute quelques mesures, et deux mondes se dessinent. Chez Brahms, l'architecture d'abord : la passion est réelle, mais tenue, canalisée par le contrepoint et la mémoire de Beethoven. Chez Franck, la passion déborde le cadre ; le chromatisme, hérité de Liszt et cousin de celui de Wagner, fait onduler l'harmonie comme une flamme. Le concert de Verbier permet précisément cette écoute comparée : mêmes instruments, même salle, mêmes musiciens, et deux réponses opposées à la même question.
Né à Lyon en 1961, formé au Conservatoire de Paris auprès d'Aldo Ciccolini et de Lucette Descaves, Jean-Yves Thibaudet est depuis quarante ans l'un des pianistes français les plus en vue de la scène internationale. Sa vaste discographie, construite pour l'essentiel chez Decca, va des intégrales Ravel et Debussy aux concertos romantiques, avec des incursions remarquées du côté du jazz d'Art Tatum et de Duke Ellington.
Le grand public l'a aussi entendu sans le savoir : c'est son piano qui porte plusieurs musiques de films célèbres. Mais c'est en musique de chambre que se révèle peut-être le mieux son élégance naturelle, ce son clair et coloré qui ne force jamais. Dans le Quintette de Franck, où le piano peut vite devenir envahissant, cette qualité vaut de l'or.
Née en 1981 à Villa María, dans la province argentine de Córdoba, Sol Gabetta s'est formée notamment auprès d'Ivan Monighetti à l'École Reina Sofía de Madrid. Le prix Crédit Suisse Young Artist, reçu en 2004, lance sa carrière européenne ; suivront un Gramophone Award du jeune artiste de l'année en 2010 et le prix Herbert von Karajan en 2018. En 2016, elle ouvre les BBC Proms de Londres ; deux ans plus tôt, elle faisait ses débuts avec le Philharmonique de Berlin sous la direction de Simon Rattle.
Elle joue un violoncelle de Giovanni Battista Guadagnini de 1759, et anime depuis 2006 son propre festival de musique de chambre, le festival Solsberg, en Suisse, pays où elle vit. Fidèle de Verbier, elle y a partagé la scène avec la plupart des grands chambristes de notre temps. Son jeu, chaleureux et direct, donne aux lignes de violoncelle du Quintette leur pleine dimension de chant.
Il y a, dans cette soirée, une histoire dans l'histoire : celle d'un professeur et de son ancien élève réunis pupitre contre pupitre. Boris Kuschnir, né à Kiev en 1948, a étudié le violon au Conservatoire de Moscou auprès de Boris Belenky et la musique de chambre auprès de Valentin Berlinsky, le violoncelliste fondateur du Quatuor Borodine ; il a aussi travaillé avec David Oïstrakh. Professeur à Vienne depuis 1984 et à Graz depuis 1999, il est l'un des pédagogues du violon les plus recherchés au monde : Nikolaj Znaider, María Dueñas ou Sergey Dogadin sont passés par sa classe.
Julian Rachlin est son élève le plus célèbre. Né à Vilnius en 1974, arrivé enfant à Vienne, il remporte en 1988, à treize ans, le concours Eurovision des jeunes musiciens à Amsterdam, et mène depuis une double vie de soliste et de chambriste passionné. Le voir dialoguer avec son ancien maître dans le tissu serré du Quintette de Franck, où les deux violons ne cessent de s'entrelacer, est l'un des plaisirs particuliers de cette captation.
L'alto est tenu par David Aaron Carpenter, né à New York en 1986. Premier prix du concours Naumburg en 2006, premier protégé américain du programme Rolex de mentorat artistique auprès de Pinchas Zukerman en 2007, lauréat d'un Avery Fisher Career Grant en 2010, il s'est imposé très jeune comme l'un des altistes les plus en vue de sa génération ; son premier disque, chez Ondine, fut distingué par le magazine Gramophone. En 2009, année de cette captation, il était l'un des benjamins de l'affiche de Verbier.
Nelson Goerner, lui, est l'aîné discret de la soirée. Né en 1969 à San Pedro, en Argentine, formé auprès de Maria Tipo à Genève après un premier prix du concours Liszt de Buenos Aires en 1986, il remporte en 1990 le premier prix du concours de Genève. Pianiste des pianistes, admiré pour ses Chopin et pour un album Debussy couronné d'un Diapason d'or de l'année, membre du comité artistique de l'Institut Chopin de Varsovie, il incarne un art du piano tout de profondeur et de couleur, sans le moindre effet de manche.
Fondé en 1994 par le Suédois Martin T:son Engström, le Festival de Verbier s'est installé en trois décennies parmi les tout premiers rendez-vous musicaux du monde. Chaque été, pendant dix-sept jours de fin juillet à début août, la station valaisanne, perchée à 1 500 mètres, voit défiler ce que la planète compte de grands interprètes : Martha Argerich, Evgeny Kissin, Yuja Wang, Lang Lang et tant d'autres y sont des habitués.
La singularité de Verbier tient à son double visage. C'est un festival de stars, mais c'est aussi une académie : le Verbier Festival Orchestra et ses formations sœurs réunissent chaque année de jeunes musiciens du monde entier, qui travaillent aux côtés des maîtres avant de partager leur scène. Beaucoup de carrières s'y sont nouées, et beaucoup d'amitiés musicales, dont les concerts de chambre comme celui-ci sont le fruit le plus visible.
La grande salle du festival est elle-même une curiosité : la Salle des Combins n'existe qu'un mois par an. Structure démontable dressée chaque été sur les hauteurs de Verbier, elle offre 1 407 places disposées en gradins, chaque rang sur son propre niveau, avec une vue dégagée sur la scène. Améliorée d'année en année, notamment pour l'isolation phonique et thermique, elle accueille les concerts symphoniques, les opéras en concert et les grandes soirées du festival.
Jouer de la musique de chambre dans ce vaisseau de toile et d'acier, avec la montagne à quelques mètres derrière la scène, donne aux concerts de Verbier une saveur qui n'appartient qu'à eux : quelque chose de l'intimité du salon, transposé à l'échelle d'un paysage alpin. La caméra le montre ; le son spatial le fait entendre.
Cette soirée Franck et Brahms n'est pas un rendez-vous isolé : tout au long d'octobre, Allegro Spatial fait la part belle aux archives du Festival de Verbier. Quelques jalons, pour prolonger le voyage valaisan :
On y retrouvera plusieurs visages de notre soirée, à commencer par Sol Gabetta et David Aaron Carpenter, réunis dans le concert Mendelssohn dirigé par Kurt Masur.
Capté en Suisse lors de l'édition 2009 du festival, le concert est proposé par Allegro Spatial en 4K Ultra HD à 50 images par seconde et en son spatial Dolby Atmos, conformément à la signature technique de la chaîne.
La musique de chambre est peut-être le répertoire qui gagne le plus à ce traitement : chaque instrument garde sa place dans l'espace, et l'oreille peut suivre, comme depuis le meilleur fauteuil de la salle, le dialogue des deux violons, la ligne médiane de l'alto, le chant du violoncelle et l'immense clavier de Franck qui les enveloppe tous.
| Première | Dimanche 4 octobre 2026 à 20 h 50 |
| Rediffusions | Lundi 5 octobre à 4 h 55 et 11 h 20 · samedi 10 octobre à 22 h 20 · dimanche 11 octobre à 6 h 05 et 13 h 30 · vendredi 16 octobre à 19 h 50 · samedi 17 octobre à 4 h 20 et 11 h 50 · lundi 19 octobre à 20 h 50 · mardi 20 octobre à 5 h 00 et 12 h 05 |
| Durée | 54 min |
| Format | 4K UHD 50 images par seconde, Dolby Atmos |
| En France | Orange canal 168, Bouygues Telecom canal 164 |
Allegro Spatial est aussi distribuée en Amérique latine. Votre opérateur ne propose pas encore la chaîne ? Écrivez-nous, nous ferons le relais.
Le Quintette de Franck est bien servi au disque : les lectures y vont de la fièvre assumée à la retenue la plus classique, et comparer deux versions est la meilleure école d'écoute qui soit. Au concert, l'œuvre revient régulièrement à l'affiche de Verbier, où chaque été la distribue à de nouvelles mains : le site du festival permet de suivre la programmation.
Sur nos antennes, on peut prolonger la découverte des interprètes de la soirée : Sol Gabetta et David Aaron Carpenter reviennent en octobre dans le concert Mendelssohn dirigé par Kurt Masur, et les biographies publiées par le festival racontent en détail les parcours de Nelson Goerner, de David Aaron Carpenter et de Boris Kuschnir.
Et pour une autre plongée en profondeur dans un programme de la chaîne, notre précédent dossier reste en ligne : Le Cinesi de Gluck au Théâtre de la Reine.