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Pendant un demi-siècle, l'Italie a chanté avec la voix de Verdi. Paysan de génie, homme de théâtre implacable et patriote pudique, il a donné à l'opéra ses plus grandes figures et au public des mélodies qui ne s'oublient plus.
Né en 1813 au Roncole, hameau des terres de Parme, fils d'aubergistes de village, Verdi connaît des débuts tragiques : en quelques années, il perd sa femme et ses deux enfants, et son deuxième opéra tombe à plat. Il jure d'abandonner. C'est un livret glissé sous ses yeux, celui de Nabucco, qui le ramène à la musique : à la Scala, en 1842, le triomphe est immense.
Le chœur des esclaves hébreux, Va, pensiero, y chante la nostalgie d'une patrie perdue : l'Italie morcelée s'y reconnaît aussitôt, et Verdi devient malgré lui le musicien du Risorgimento. Son nom même servira d'acclamation patriotique. Suivent ses « années de galère », comme il disait, où il enchaîne les ouvrages à un rythme forcené. De cette forge sortent Ernani, Macbeth, Luisa Miller et tant d'autres, et un style que toute l'Italie fredonne.
En trois ans, Verdi donne trois chefs-d'œuvre : Rigoletto en 1851 à la Fenice, Le Trouvère, puis La Traviata en 1853, dont la première vénitienne fut un échec retentissant avant que l'ouvrage ne conquière le monde. Un bouffon bossu, une courtisane phtisique : jamais l'opéra n'avait placé si haut des personnages que la société regardait de si haut. La censure s'en émut, le public en fit des triomphes.
Devenu sénateur et gentleman-farmer à Sant'Agata, il semble se taire, puis surgit deux fois encore avec Otello et Falstaff, prodiges d'un octogénaire. Sa dernière grande œuvre ne fut pas une partition mais une maison : la Casa di Riposo de Milan, refuge qu'il fit bâtir pour les vieux musiciens, et où il repose parmi les siens depuis 1901. « De toutes mes œuvres, c'est celle que je préfère », disait-il.
Sur Allegro Spatial, retrouvez La Traviata, Rigoletto et Nabucco.