Foto: Russian National Orchestra · CC BY-SA 4.0 · Wikimedia Commons
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Visage impassible, gestes comptés, et soudain une phrase qui semble inventée à l'instant même : Mikhail Pletnev est le plus imprévisible des grands pianistes. Chef d'orchestre, compositeur, sphinx volontiers silencieux, il n'appartient qu'à une école, la sienne.
Né en 1957 à Arkhangelsk, dans le nord de la Russie, formé au Conservatoire de Moscou, Pletnev entre dans la légende à vingt et un ans : en 1978, il remporte la médaille d'or du Concours Tchaïkovski, le sésame suprême de l'école russe. Le monde découvre alors un pianiste au contrôle stupéfiant, capable de faire chanter un thème comme personne, puis de le repenser de fond en comble au concert suivant.
Ses interprétations divisent parfois, et c'est tant mieux : Pletnev ne joue jamais pour confirmer ce que l'on sait déjà d'une œuvre. Ses Scarlatti d'une netteté de cristal, ses Tchaïkovski réinventés, ses transcriptions virtuoses de Casse-Noisette sont entrés dans l'histoire du disque. Chez lui, la liberté n'est pas un caprice mais une méthode : relire chaque partition comme si l'encre en était encore fraîche.
En 1990, à la faveur des bouleversements de la perestroïka, Pletnev fonde l'Orchestre national de Russie, première grande phalange du pays indépendante de l'État : un geste d'artiste autant qu'un acte de liberté. Sous sa direction, l'orchestre s'impose vite parmi les meilleurs du monde, salué pour la beauté de ses cordes et la profondeur de ses lectures russes, de Tchaïkovski à Rachmaninov.
Rachmaninov, justement, reste son compagnon de toujours : Pletnev en joue les concertos avec une autorité que bien peu approchent, en dirige les symphonies, en défend les pages méconnues avec ferveur. C'est cette double intimité, du clavier et du pupitre, qui donne à ses interprétations leur évidence si particulière : on croit entendre le compositeur se souvenir de sa propre musique.
Sur Allegro Spatial, retrouvez Mikhail Pletnev dans le Concerto pour piano n° 4 de Rachmaninov, avec l'Orchestre international Rachmaninov dirigé par Kent Nagano.