Pour la matinée de Noël du Concertgebouw, Klaus Mäkelä réunit trois œuvres nées d’un amour : celui de Wagner pour Cosima, celui d’Unsuk Chin pour Beethoven, celui de Strauss pour lui-même. Un concert capté au Barbican Centre de Londres, en 4K et en son spatial.

Un concert de Noël placé sous le signe de l’amour
Traditionnellement, le chef principal dirige l’Orchestre royal du Concertgebouw d’Amsterdam lors du concert de la matinée de Noël. Son futur chef principal, Klaus Mäkelä, assume ce rôle et dirige le grand orchestre néerlandais dans un programme dont l’amour est le thème fondamental. C’est avec Subito con forza d’Unsuk Chin que Mäkelä avait ouvert ses débuts avec l’orchestre, en septembre 2020 : le moment où l’étincelle a jailli entre le maestro et le Concertgebouw.

Siegfried-Idyll : le cadeau de Wagner à Cosima
Richard Wagner (1813-1883) a surpris son épouse Cosima avec le Siegfried-Idyll le jour de Noël 1870. Seule œuvre symphonique de la maturité de Wagner, cette composition de chambre, pour petit orchestre, fut achevée à la Villa Triebschen le 4 décembre 1870 pour célébrer la naissance de son fils Siegfried (1869) et son mariage avec Cosima, fille de Liszt. Wagner dirigea lui-même la création, répétée en secret par Hans Richter, vingt et un jours plus tard, pour les trente-trois ans de Cosima, ce jour de Noël 1870.

Subito con forza : Unsuk Chin dialogue avec Beethoven
Composée pour le 250e anniversaire de Beethoven en 2020, Subito con forza de la Sud-Coréenne Unsuk Chin (1961) s’inspire des carnets de conversation du compositeur, et d’une ligne en particulier : « Dur und Moll. Ich bin ein Gewinner » (« Majeur et mineur. Je suis un gagnant »). Après sa création britannique aux BBC Proms de 2021, The Times l’a décrite comme « efficace et inquiétante, avec beaucoup à faire en cinq minutes. L’oreille de Chin pour la couleur est sa meilleure arme ».
« Ce qui m’attire particulièrement, ce sont les énormes contrastes : depuis les éruptions volcaniques jusqu’à la sérénité extrême. »Unsuk Chin, compositrice
Une vie de héros : l’autoportrait de Strauss
L’œuvre principale du programme est le poème symphonique Une vie de héros (Ein Heldenleben), op. 40, que Richard Strauss (1864-1949) dédia à l’Orchestre du Concertgebouw. Créé à Francfort-sur-le-Main le 3 mars 1898, il déroule de longs épisodes qui décrivent ou reflètent la vie personnelle du compositeur. L’œuvre reçut une avalanche de critiques à sa création : Strauss y apparaissait en égocentrique monstrueux, autopromoteur éhonté se dépeignant en héros. Il est fort possible que ces critiques aient aussi été blessés par la caricature de leur propre classe, dans le deuxième mouvement.



