Floris Visser transpose La bohème de Puccini dans un Paris des années 1920, version minimaliste et poignante où une figure silencieuse de la Mort accompagne Mimì. Jordan de Souza dirige la Philharmonie de Londres.

Une production audacieuse, entre mortalité et amour
Le Festival de Glyndebourne propose une production audacieuse de La bohème, l’opéra emblématique de Giacomo Puccini. Sous la direction scénique de Floris Visser et la baguette de Jordan de Souza, cette version minimaliste et poignante renouvelle l’approche d’une partition universelle, en explorant les thèmes de la mortalité et de l’amour avec une intensité dramatique rare.
Murger, Giacosa, Illica : la naissance d’un pilier du répertoire
Composée sur un livret de Giuseppe Giacosa et Luigi Illica, d’après les Scènes de la vie de bohème d’Henry Murger, La bohème fut créée au Teatro Regio de Turin le 1ᵉʳ février 1896, sous la direction d’un jeune Arturo Toscanini. Si l’accueil initial fut réservé, l’œuvre s’imposa rapidement comme l’une des pierres angulaires du répertoire lyrique, grâce à l’équilibre parfait entre drame et comédie, et à une écriture musicale d’une sensualité inégalée.
Un Paris des années 1920 au bord de l’effondrement
La mise en scène de Floris Visser transpose l’action dans un Paris des années 1920, évoquant un monde au bord de l’effondrement. Le décor épuré de Dieuweke Van Reij, les costumes de Jon Morrell et les lumières inquiétantes d’Alex Brok créent une atmosphère empreinte d’influences existentialistes et cinématographiques. Une figure silencieuse de la Mort, inspirée du Septième Sceau d’Ingmar Bergman, accompagne Mimì tout au long de l’opéra, conférant à l’œuvre une dimension métaphysique bouleversante.
Yaritza Véliz et Long Long, le cœur émotionnel de l’ouvrage
Musicalement, cette production brille par l’engagement de la Philharmonie de Londres sous la direction de Jordan de Souza, qui déploie une palette expressive au service du lyrisme puccinien. Yaritza Véliz incarne une Mimì d’une fragilité touchante, tandis que Long Long prête sa voix élégante au poète Rodolfo. Leurs duos, d’une intimité déchirante, constituent le cœur émotionnel de l’ouvrage.
Le reste de la distribution — Daniel Scofield, Ivo Stanchev, Luthando Qave, Richard Suart, Christopher Lemmings, Vuvu Mpofu, Darren Jeffery, Matthew Nuttall et John Mackenzie-Lavansch — offre un ensemble homogène et nuancé. Les chœurs du Festival de Glyndebourne, dirigés par Aidan Oliver, complètent cet effectif d’exception.


