
Est-ce du Brahms ? Non, c'est Antonín Dvořák (1841-1904)… Cette Septième Symphonie en ré mineur, B. 141 (1885) suit de près la création de la Troisième de son aîné (1882), qui l'a sans doute inspiré. Ce dernier tenait d'ailleurs cette Septième en très haute estime. Le son du violoncelle donnera assurément sa couleur et sa sombre chaleur à cette soirée qui s'ouvrira sur le premier concerto romantique écrit pour cet instrument : celui de Robert Schumann (1810-1856). Créé en 1860, précédant ainsi ceux de Saint-Saëns, Lalo et, bien sûr, de Dvořák, il ouvre la voie en reléguant au second plan le virtuosisme brillant. Telle est la proposition de ce concert confié au magnifique Orchestre des Champs-Élysées, fondé par celui qui le dirige ici, le Belge Philippe Herreweghe, et composé de ces trois œuvres, qui débute avec l'Ouverture « Tragique », op. 81 de l'Allemand Johannes Brahms (1833-1897).
L'orchestre s'appuie pour le rôle soliste sur l'un des plus grands talents de l'instrument de la dernière décennie, le Franco-Allemand Nicolas Altstaedt. Brahms composa son Ouverture « Tragique », op. 81 pendant ses vacances d'été en 1880, et Hans Richter en dirigea la création avec l'Orchestre philharmonique de Vienne le 26 décembre de la même année. Depuis Ischl, dans les Alpes autrichiennes, le compositeur écrivit à son éditeur : « Je ne pouvais refuser à ma nature mélancolique la satisfaction de composer une ouverture pour une tragédie. » Cependant, Brahms ne donna aucune autre indication sur une « tragédie » précise, n'avait subi aucune perte personnelle récente et ne montra aucun signe d'une tristesse inhabituelle. En réalité, le titre de Tragique ne lui plaisait guère, et il désigna à un moment donné l'œuvre comme Ouverture dramatique.
Robert Schumann n'écrivit pas moins de sept œuvres concertantes, dont seuls le Concerto pour piano en la mineur, op. 54 (1841) et ce Concerto pour violoncelle en la mineur, op. 129 (1850) figurent régulièrement dans les programmes de concerts et les enregistrements.
Le Concerto pour violoncelle est depuis longtemps l'un des favoris des interprètes, notamment en raison de la relative rareté des grands concertos pour cet instrument au XIXe siècle. Schumann envisagea même d'intituler l'œuvre Morceau de concert pour violoncelle avec accompagnement d'orchestre ; de fait, l'écriture orchestrale y est beaucoup plus transparente et discrète que ce que l'on associe généralement à ses autres œuvres concertantes. On sait peu que le compositeur apprit à jouer du violoncelle enfant et qu'après s'être blessé à la main droite au début des années 1830, il se proposa d'y revenir afin d'approfondir sa compréhension de la musique de chambre et orchestrale. Malgré cela, l'idée malheureuse selon laquelle le Concerto pour violoncelle serait mal écrit pour l'instrument persiste encore aujourd'hui. Cette notion tient peut-être en partie à l'absence du virtuosisme ostentatoire habituellement associé aux concertos pour instrument soliste, un trait qui est pourtant présent dans le Concerto pour piano du compositeur. Enfin, beaucoup considèrent la Symphonie n° 7 en ré mineur, op. 70, B. 141 d'Antonín Dvořák comme le sommet de son œuvre de compositeur. De fait, il n'avait jamais atteint une telle hauteur auparavant, et l'on peut solidement argumenter qu'il ne l'a jamais retrouvée ensuite, malgré l'immense et méritée popularité de la Symphonie « du Nouveau Monde ». Dvořák était resté cinq années entières éloigné du domaine symphonique lorsque, en décembre 1884, il commença à tracer le chemin de sa Symphonie n° 7. Quand ce moment arriva, Dvořák était pleinement préparé. La commande provenait de la Société philharmonique de Londres, institution dont il avait été élu membre en 1884. L'œuvre fut créée le 22 avril 1885 au St James's Hall de Londres.
Nicolas Altstaedt, Orchestre des Champs-Élysées, Philippe Herreweghe J. Brahms : Ouverture « Tragique », op. 81 ; R. Schumann : Concerto pour violoncelle, op. 129 ; A. Dvořák : Symphonie n° 7. N. Altstaedt & Orchestre des Champs-Élysées | P. Herreweghe.
Auditorium de La Seine Musicale, Paris. 2021.


