Œuvres de Henry Purcell, Giovanni Porta, Antonio Vivaldi, Nicola Porpora & Pietro Antonio Locatelli. Marina Viotti & Orchestre de l'Opéra Royal de Versailles | Andrés Gabetta. Grande Salle des Croisades, Château de Versailles. 2024.

• Genre : concert, musique classique, musique baroque, orchestral, voix.
• Interprètes : Marina Viotti [mezzo-soprano], Andrés Gabetta [violon baroque].
• Chef d'orchestre : Andrés Gabetta.
• Orchestre : Orchestre de l'Opéra Royal de Versailles.
• Année : 2024.
• Lieu : Grande Salle des Croisades, Château de Versailles.
• Durée : 86 minutes.
 
En 2024, la Grande Salle des Croisades de Versailles a accueilli la mezzo-soprano Marina Viotti, l'une des cantantes lyriques les plus remarquables de sa génération. Elle a rendu hommage aux grands compositeurs baroques lors d'un récital exceptionnel aux côtés d'Andrés Gabetta et de l'Orchestre de l'Opéra Royal de Versailles, donnant vie à des chefs-d'œuvre regorgeant de virtuosité et d'émotion. Le programme interprété est le suivant : The Curtain Tune, de l'œuvre dramatique Timon d'Athènes de l'Anglais Henry Purcell (1659-1695) ; le motet « Volate gentes », de l'Italien Giovanni Porta (1675-1755) ; du Vénitien Antonio Vivaldi (1678-1741), une sélection d'œuvres instrumentales a été proposée, telles que le Concerto pour violon « Grosso Mogul », RV 208 et le Concerto pour violon « Per Signora Anna Maria », RV 387, ainsi que quelques œuvres vocales, comme l'oratorio Juditha Triumphans (arias « O servi volate » et « Armatae face et anguibus ») et les motets « Ascende laeta », RV 635 et « Canta in prato, ride in monte », RV 636 ; du Napolitain Nicola Porpora (1686-1768), le Salve Regina en fa majeur est à l'honneur ; ainsi qu'un extrait du Concerto grosso, Op. 1, n° 11 de l'Italien Pietro Antonio Locatelli (1695-1764). Andrés Gabetta dirige lui-même du violon baroque et est soliste dans les œuvres pour violon.
 
Avec l'avènement du siècle des Lumières, la condition sociale des femmes commençait lentement à s'améliorer à travers l'Europe. En Italie aussi, certaines restrictions héritées de temps anciens commençaient à s'estomper. La présence des femmes dans le monde de la musique restait toutefois fortement découragée (les exemples de femmes compositrices sont extrêmement rares), et elle était même activement combattue dans le milieu ecclésiastique, où certains interdits inscrits dans le droit canon n'ont été abolis qu'au XXe siècle. Les femmes n'étaient pas autorisées à chanter ou à jouer dans les églises, et dans les villes des États pontificaux, il leur était même interdit de se produire au théâtre (ce qui obligeait les théâtres de Rome à faire appel à des troupes entièrement masculines). Ces restrictions ont eu un impact considérable sur l'histoire de la musique : dans l'Italie des XVIIe et XVIIIe siècles, toute la musique sacrée destinée aux offices publics était exclusivement écrite pour des voix masculines. On note cependant quelques heureuses exceptions : Venise comptait parmi les rares villes où les femmes pouvaient, dans certains lieux protégés, interpreter de la musique dévotionnelle lors de concerts ouverts au public. La grande qualité artistique de ces representations attirait des spectateurs venus du monde entier, Venise étant alors un haut lieu du tourisme musical — comme nous le verrons plus loin.