La dernière grande symphonie achevée du génial compositeur autrichien, interprétée par l’excellente formation tchèque et son directeur musical.

• Genre : concert, musique classique, postromantisme, orchestral.
• Chef d’orchestre : Semyon Bychkov.
• Orchestre : Filharmonie de la République tchèque.
• Année : 2019.
• Lieu : Rudolfinum, Salle Dvořák, Prague.
• Durée : 95 minutes.
Pour Gustav Mahler (1860–1911), composer une symphonie pouvait s’apparenter à un acte de création de l’univers. Dans ses neuf symphonies achevées — la Dixième n’ayant été complétée que jusqu’à l’Adagio — se déploie tout son monde intérieur et psychologique. On y perçoit l’influence des grands symphonistes du XIXe siècle, de Ludwig van Beethoven à Johannes Brahms ou Anton Bruckner, sans oublier des éléments empruntés à Richard Wagner. Cet univers symphonique foisonnant atteint ici son point final avec un véritable testament musical : la Symphonie n°9 en ré majeur, interprétée par le chef d’orchestre tchèque Semyon Bychkov à la tête de la Filharmonie tchèque, dont il est le directeur musical.
À l’instar de certains de ses prédécesseurs, Mahler mobilise des ressources orchestrales qui annoncent déjà le XXe siècle : recherche permanente de la couleur propre à chaque instrument et à chaque pupitre, jusqu’à l’introduction d’instruments peu conventionnels. L’élément choral — introduit par Beethoven — n’est pas absent de son œuvre. L’une de ses marques les plus frappantes réside dans l’écriture contrapuntique : Mahler conçoit l’orchestration comme un moyen de rendre les lignes aussi intelligibles que possible. La lutte titanesque entre optimisme et angoisse existentielle, à parts égales, s’y exprime avec une complexité et une force rarement atteintes au XIXe siècle. Sa monumentalité transforme non seulement chacune de ses œuvres, mais l’ensemble de son corpus symphonique en l’une des plus brillantes manifestations de grandeur et d’éloquence introspective dont l’être humain soit capable.
Composée entre 1908 et 1909, la Symphonie n°9 est la dernière symphonie entièrement achevée par Mahler et constitue une conclusion extraordinaire à son cycle symphonique, qui ne sera prolongé que par la Dixième, restée inachevée. Elle est considérée comme son testament, le point final d’une autobiographie gravée dans la musique, une forme de cataclysme humain d’une densité abyssale que seul Mahler pouvait inscrire sur le papier. Pour beaucoup, c’est l’une des manières les plus humaines et les plus bouleversantes de faire ses adieux au monde.
Dès le premier mouvement, l’œuvre semble dessiner un monde — non pas n’importe quel monde, mais son monde intérieur, riche et profond, qu’il faut comme recomposer depuis l’origine, tant il paraît au bord de l’effondrement : reflet d’une vie brisée par ce qui a été vécu et enduré. Lorsque Mahler compose cette symphonie, il a déjà traversé les trois grandes tragédies qui marqueront ses dernières années : la mort de sa fille aînée, sa démission de l’Opéra de Vienne et le diagnostic d’une maladie cardiaque qui mettra fin à sa vie en 1911. À cela s’ajoute l’épreuve douloureuse de la relation entre son épouse Alma et l’architecte Walter Gropius.
Cette symphonie porte l’empreinte de ces événements, mais aussi d’épreuves plus anciennes : neuf de ses quatorze frères et sœurs meurent durant l’enfance ; son frère Otto se suicide à l’âge adulte ; sa belle-mère succombe à une crise cardiaque fulgurante lors des funérailles de la petite Maria… À la différence d’autres créations mahlériennes qui ouvrent des perspectives vers des paysages nouveaux, la Neuvième apparaît clairement comme une fin de voyage : un dernier don par lequel Mahler clôt non seulement sa vie créatrice, mais aussi — plus poétiquement que littéralement — le romantisme comme mouvement culturel dominant, et même l’idée de la symphonie comme grand genre orchestral.
Créée en 1912, sous la direction de Bruno Walter à la tête de la Philharmonie de Vienne, un an après la mort de Mahler, l’œuvre est accueillie avec une admiration totale par plusieurs grandes figures de l’interprétation : « C’est une musique qui vient d’un autre monde, elle vient de l’éternité » (Herbert von Karajan) ; « Cette symphonie n’est pas seulement la dernière, c’est aussi sa plus grande réussite » (Otto Klemperer) ; « C’est comme si cette symphonie était l’œuvre d’un artiste supérieur caché, qui a utilisé Mahler comme porte-voix » (Arnold Schönberg).
Synopsis
Gustav Mahler : Symphonie n°9 en ré majeur
Filharmonie de la République tchèque
Semyon Bychkov – direction